Nous reprenons nos esprits

Publié le par cassetoi-vlp

Je vais peut-être vous surprendre, mais je trouve une petite bonne nouvelle dans la #ConfPR, autrement dit la conférence de presse du président de la République.

 

Non que je me réjouisse de la bonne santé de ce sexagénaire ou presque. C'est normal, depuis Sarko déjà on a lu dans toute la presse people que « le pouvoir est un puissant aphrodisiaque ». Les vieux Chinois, eux, n'ayant pas accès à l'Elysée, ont recours à la corne de rhinocéros. Chacun son truc.

Je ne m'extasie pas non plus devant ses annonces économiques. J'y aurais mauvaise grâce quand un célèbre économiste US les dégomme au lance-flammes dans le New-York Times. Ce type vient tout de même de recevoir le Prix de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, parfois abusivement nommé Nobel d'économie. Nobel savait très bien que l'économie n'est pas une science, du moins au sens où on l'entend pour la physique ou la chimie. Il n'y a que des économistes perdus pour croire encore une chose pareille, demandez à Frédéric Lordon ou à Jacques Généreux. C'est une science humaine, comme l'histoire, et ceux qui veulent y introduire des « lois » se moquent de nous. Ils jalousent le prestige conquis par les sciences dures, cette histoire de Nobel en est un indice de plus.

Non, la cause de mon petit sourire narquois n'a pas fait l'objet de commentaires, et pourtant elle en méritait sans doute un peu. Il s'agit d'une petite victoire sur le front des mots.

Chacun sait que dans la lutte politique, le camp qui réussit à imposer son vocabulaire impose aussi sa vision des choses. Pour prendre un exemple quotidien, dire « la gauche » pour « la direction du PS » est loin d'être neutre. Cette appellation instille l'idée que ces quelques ministres et parlementaires représentent effectivement les idées de gauche. Parvenir à faire croire une telle chose est ahurissant, quand on y songe un instant. Pire, on peut en conclure que lorsque vous vous dites de gauche, vous les approuvez. Certains peuvent même imaginer que « la gauche, on voit ce que ça donne ! ». Alors que les derniers à avoir connu l'application d'une politique de gauche, en 1936, seront bientôt centenaires.

Du coup, en imposant ce terme pour la désigner, cette élite parvient à empêtrer l'action politique de gauche dans une perpétuelle réexplication, où s'enlise l'énergie et se perd la confiance. Très fort. On apprend des choses, à Sciences Po.

Bon, mais la raison de sourire, dans tout ça ? Elle est fugace, mais réelle. Ils emploient nos mots. Depuis des mois, nous répétons « cette stupide politique de l'offre ». Personne n'avait plus utilisé cette dénomination sur les médias dominants depuis longtemps, mais nos porte-parole ont réussi à la faire entendre, à la mettre en débat, on leur répondait : « pourquoi critiquez-vous la politique de l'offre ? » et ils pouvaient répondre combien il est idiot de pousser à la production quand les clients n'ont plus le sou.

Si le succès de ce type d'opération se mesure à l'auguste bouche qui reprend l'expression, c'est un doublé gagnant :

Le président a lui-même ainsi qualifié sa politique.

Le ministre de l'économie (Mosco pour les intimes) a tenté de prétendre que « la politique de l'offre n'est ni de droite ni de gauche. » Ce dernier soubresaut de TINA ne trompera personne. Il suffit d'observer dans quel sens coule le fleuve d'euros qu'elle suscite pour connaître l'orientation de cette politique.

Ils sont donc sur la défensive, amenés à contredire un peu sottement ce que nous avons mis au jour. « L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme » écrivit le poète. Nous n'en sommes certes pas tout à fait là. Néanmoins, dans cette escarmouche, c'est le camp habituellement dominant, le mainstream néolibéral, installé dans les têtes depuis les années 1980 qui se défend. Et ce n'est pas tout à fait la première fois.

Alors haro ! Ce sont leurs mots qu'il faut désemparer. Ce qui manque le plus à l'électorat qui a le cœur à gauche, c'est l'espoir. On a persuadé le bon peuple de France qu'aucune autre voie n'existe, n'est praticable. Et en effet, voyant depuis 30 ans la drauche comme la goite frayer le même chemin, avec les mêmes cartes et les mêmes points de repère, comment ne pas oublier qu'il en existe d'autres ?

Je propose donc de créer un petit lexique. De remplacer les plus dangereuses de ces expressions par d'autres moins mensongères. Mais un travail de repérage collectif y est nécessaire. Une seule vigie ne peut tout voir.

L'idéal serait de créer un wiki, mais je ne sais pas comment faire. Donc, en attendant, je vous propose une nouvelle catégorie de petites notes, sous la catégorie « Mot qui ment », ainsi que, pour les geeks, un htag sur tweeter : #MotQuiMent. D'un côté le mot qui ment. De l'autre sa traduction en vrai Français qui dit clairement ce qu'il désigne. Jetez-y un oeil, le format est simple: traduction, connotation, exemples.

A compléter par tou(te)s et pour tou(te)s ! Ajouter un mot, même sans sa traduction si l'on n'a pas d'idée, est déjà très bien : cela signale le passage dangereux. Et quelqu'un(e) d'autre pourra écrire la notice.

 

Alors à vos claviers, juste un signalement au fur et à mesure des rencontres, je les ajouterai. Passez-les moi par mail, en commentaire, sur Tweeter, ou de vive voix pour qui a mon 09 ou mon 06. (Désolé, je ne les mets pas en ligne, tout de même).

Cette attention en éveil ne peut que contribuer à maintenir nos esprits affûtés, si elle ne fait de bien qu'à nous ce sera toujours ça de gagné. On ne va pas se laisser coloniser la boîte crânienne sans résister.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article