Augmentons les impôts

Publié le par cassetoi-vlp

Mais pourquoi haïssent-ils à ce point l'impôt ? Après tout, ils paient aussi très cher leurs crédits, assurances, etc... Mais le petit indépendant comme le grand prédateur financier n'ont pas de mots assez insultants pour les impôts et les « charges ».

 

Lorsqu'on assiste au phénomène, la première fois, on peut être surpris. Qu'il soit commerçant, artisan, chauffeur de taxi, dépanneur ou coiffeur (ajouter le féminin partout et dans la suite aussi), branchez la conversation sur l'état, les impôts, les « charges ». Aussitôt le bouillonnement interne se manifeste. Lui, il travaille, et tout ça pour engraisser ces fainéants de fonctionnaires, ces assistés de chômeurs, il en a mal au ventre.

Le pire, c'est que c'est sans doute vrai. Il souffre. Certains regards ne trompent pas. La facilité que vous éprouvez à relancer la machine, à faire monter la pression, montre bien la préoccupation réelle. Il y pense journellement, à toute occasion. Il remâche. Pour détester à ce point, il souffre réellement. Cette personne paie des crédits à la limite de l'usure, son assureur le saigne à blanc pour ne rembourser que le minimum, mais c'est différent. C'est la vie, on sait bien que c'est comme ça. Une attitude plus adulte, presque. Mais les impôts, les charges, on sent que ces mots déclenchent une rancœur presque infantile, pas élaborée, inexpliquée, incontrôlée. On vous cite les sommes, et la souffrance monte, sans qu'une analyse de la raison ne construise la situation dans la tête. On pense à l'expression : « haine aveugle ».


Si la logique intervenait tant soit peu, ils se diraient que bien sûr, ils travaillent, plus qu'un salarié moyen. Mais le salarié, moyen ou non, n'aura pas en fin de carrière à vendre une entreprise, outil, locaux et clientèle compris. En fin de carrière il sera chômeur le temps que sa retraite baisse bien comme il faut.

Ils se diraient que contrairement à un salarié, ils ne dépendent pas d'un fonds de pension, d'une holding propriétaire de leur boîte, qui va décider qu'à 50 ans ils ne sont plus suffisamment rentables pour ce qu'ils coûtent.

Qu'on pourrait leur retourner le compliment qu'ils aiment tant adresser aux fonctionnaires : privilégiés, vous avez du boulot, personne ne va vous licencier !

Ils diraient peut-être « j'ai fait un choix que je regrette, si j'avais su que ce serait si dur, que je n'aurais plus de vie... ». Bref, le but n'est pas de stigmatiser, mais de s'interroger sur une apparente absence de logique.

Elle est facile à constater, car ces gens sont de ceux que le pékin moyen a l'occasion de croiser.


Mais lorsqu'au détour d'une interview, d'un reportage, on prend conscience de la haine tout aussi forte des très riches pour les mêmes impôts et cotisations, d'autres questions se posent.

Ceux-là n'ont pas commencé à travailler à 14 ans après un CAP. Ils ont longuement fréquenté les bonnes écoles, leur culture a été soignée. Leur quotidien peut difficilement être considéré comme une punition. Les prélèvements fiscaux et sociaux leur sont bien plus doux, rapportés à la masse de leurs rentrées. Pourtant ils s'acharnent. Munis des meilleures conditions pour mener une vie épanouissante, ils perdent leur temps à chercher toutes les fissures par où ils pourront exfiltrer le moindre euro. J'ai même entendu à la radio un conseiller financier, installé à Jersey, s'en étonner. Dans ce paradis fiscal ancré à vue de nos côtes, il en a pourtant vu. S'il trouvait illégitimes ces pratiques, il ne serait pas là. Mais à ce point ! Ces gens dépensent de telles fortunes en avocats et autres que c'est à se demander s'ils en tirent encore bénéfice, disait-il.

 

Attention, c'est ici que gît le hic.


Le gain, le « manque à perdre » si l'on veut, par opposition au manque à gagner, est si minime qu'il ne peut aucunement justifier tous ces efforts. Le type explique qu'au temps passé cela leur rapporte un salaire horaire de caissière. Qu'avec moitié moins d'efforts, ils gratteraient presque autant, et ne s'en apercevraient pas dans leur train de vie.

Le très riche estime-t-il son travail à si bas prix ? Laissez moi rire. Il y a autre chose. Ce comportement-là est irrationnel aussi. Une rapacité aussi minutieuse ne ressemble à rien d'autre dans leur habituelle façon d'être. On est bien obligé de conclure que ceux-là aussi vouent à l'impôt, à la cotisation, une haine viscérale.

 

A ce stade, la prochaine étape logique consiste à observer l'objet de toute cette haine. A tenter de comprendre pourquoi il la suscite.

Alors allons-y.


Qu'est-ce que l'impôt, la cotisation ?

Confusément ou non, nous le savons tous. Le principe de l'impôt est d'exiger de chacun une contribution conforme à ses moyens. Ensuite, les fonds permettent de fournir à chacun des services publics et sociaux conformes à ses besoins. C'est la redistribution de la richesse. Cette simple expression montre bien l'aspect profondément politique du combat contre l'impôt. Les plus favorisés, ceux qui vivent d'autre chose que leur salaire, se battront toujours pour empêcher que l'on redistribue ce qu'ils considèrent comme leur richesse. Toute forme d'impôt leur paraîtra un vol, une spoliation.

Ils oublient simplement que sans l'état, donc sans l'impôt, la plupart d'entre eux ne serait rien. Pour commencer, la majorité aurait fait partie des victimes de la mortalité infantile galopante qui a longtemps caractérisé l'espèce humaine. Les rares survivants n'auraient pu bénéficier des soins, de l'éducation, de la police et de la justice qui leur ont permis d'acquérir leur richesse et/ou d'en profiter tranquillement. N'oublions pas l'adage : « le code pénal est ce qui empêche le pauvre de voler le riche. Le code civil est ce qui permet au riche de voler le pauvre. » Même s'il est un peu exagéré, il montre bien le bénéfice que tirent ces gens de l'existence de l'état. Les inégalités sont apparues au moment ou se sont structurés les premiers états, durant l'âge néolithique. N'importe quel fouilleur de tombes vous le confirmera, l'apparition de la richesse est flagrante dans le traitement réservé aux défunts.

Ceux qui sont du bon côté de l'inégalité seraient bien inspirés de ne pas tuer la poule aux œufs d'or. Malgré cela, et pour citer un autre adage, l'état social, quelles que soient ses imperfections, reste « le patrimoine de ceux qui n'en ont pas ». Qui vit de son travail a tout à perdre de sa dégradation. Cette perte sera ressentie plus tôt encore par ceux qui ne pourront s'offrir les soins et l'éducation, par exemple, lorsqu'ils seront passés en régime totalement privé.

 

Tout ceci pour conclure par un appel à la méfiance: je demande que l'on se méfie comme de la peste des appels démagogiques à « baisser les impôts ».

Quelques questions à poser : les impôts de qui ? De quel impôt s'agit-il ? De quelle manière doit-il baisser ? Comment sera compensée la perte de moyens pour l'état ? Les réponses peuvent changer considérablement la perspective. Remplacez de l'ISF par de la TVA, vous aurez baissé un impôt. Et vous paierez plus, puisque l'ISF ne vous concerne pas. Les exemples abondent, je vous laisse lire les journaux.

Certains veulent les transformer en redevances, qui sont versées en contreparties du service effectivement rendu. À ce titre, elles soulagent du prélèvement toute personne ne bénéficiant pas du service, et de plus ne tiennent pas compte des moyens du redevable. Leur valeur redistributive est donc nulle, elles n'ont aucun effet de justice sociale. (Si les crèches étaient financées par l'impôt, Liliane Bettencourt en prendrait sa part.) Une redevance est l'équivalent d'un prix commercial appliqué par la puissance publique. La différence entre la redevance TV et un forfait internet se limite aux 15 % versés à l'actionnaire, et aux risques d'entente illicite. Vous me direz que ce n'est pas rien, et je vous donnerai raison. Mais ce n'est pas plus que du commerce propre. Si l'on considère que ces services, par exemple un accès internet, sont aujourd'hui indispensables à un minimum d'égalité des chances, de quel droit le limiter à qui peut en payer le forfait ? N'est-ce pas justement ceux dont le capital social (et donc aussi financier) est le plus bas qui en ont le plus besoin ?

N'oublions pas, surtout dans le climat actuel : tout ce qui est soustrait au financement par l'impôt va dans le sens de l'injustice sociale. Gardons-le bien en tête chaque fois que nos écrans seront envahis par des campagnes sournoisement démagogiques sur les thèmes des « pigeons », des « poussins », ou du « ras-le-bol fiscal » !

 

 

Publié dans Idéologies

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Gérard H. 29/10/2013 11:14

Les impôts
Gérard herrero
Tout à fait d'accord sur la nécessité de l'impôt, sauf que pour beaucoup, l'impôt c'est comme les décharges: il vaut mieux que ce soit chez les autres que chez moi.
A part ça, le phénomène de rejet de cette pourtant si nécessaire contribution, pourrait aussi venir, du sentiment que les impots sont mal employés (stratégie économique contestable, quand il y a en
a une, dépenses somptuaires, sans doute minimes au regard du budget de l'Etat, mais quand même,etc...).
Bref c'est le "sentiment"qu'on jette notre argent par les fenêtres, qui, entre autres choses, nous hérisse le poil.
Cela me rappelle le "sentiment" d'insécurité, si différent de l'insécurité mesurée, et si habilement manipulé par certains partis.
Dans les 2 cas, l'irrationnel prends le pas sur le rationnel.
Le parallèle s'arrête là.
Revenons aux impôts, ce sentiment de mauvais emploi est décuplé quand on voit comme aujourd'hui les annonces, contre-annonces se succéder sur une matière que les gouvernants devraient savoir
extrèmement sensible.
Si on retire aussi facilement une mesure prise la veille, on peut se demander (mis à part un défaut flagrant de réflexion)si elle était vraiment justifiée...
Je conclurai en disant que la fiscalité est certainement le domaine le plus délicat à gérer pour le politique, surtout quand celui-ci ne semble avoir aucune vision du futur vers lequel il est censé
nous orienter sinon nous conduire.