Productivité et coût du capital.

Publié le par cassetoi-vlp

La nouvelle tombe ce matin, effarante : la productivité, en France est en berne. Les entreprises françaises figurent au 23e rang des pays de l'OCDE sur ce critère. Précisons d'abord que l'OCDE ne compte que 34 pays. Ajoutons que parmi ceux-ci figurent Chili, Grèce, Hongrie, Irlande, Mexique, Pologne, Slovaquie, Slovénie, République Tchèque, Turquie... Sans insulter le moins du monde aucun de ces peuples, disons que l'idée que la France se fait d'elle-même ne la porte pas à comparer son économie à celles de ces pays.

La pro-duc-ti-vi-té ! Que voilà une étude qui tombe bien ! Le « choc de productivité » est justement à l'ordre du jour.

La protection de la productivité sert à justifier le fait que la réforme projetée des retraites ne pèserait pas d'un euro dans les comptes des entreprises.

La productivité est la condition de la compétitivité, et toute cette langue de bois envahit les médias, comme à chaque fois qu'une couleuvre doit être avalée par les salariés, actifs ou retraités, en emploi ou non.

Donc les entreprises françaises ne sont pas assez productives, c'est-à-dire que la valeur de la production dans un temps donné est insuffisante.

Quelles peuvent être les causes de cette situation regrettable ?

 

Le buzz a la mémoire courte, et c'est bien souvent ce qui le sauve : sans cela ses incohérences apparaîtraient au grand jour. Alors pour une fois, remontons de quelques mois en arrière, pour confronter cette calamiteuse 23e place à une autre étude. Au vu des comptes de 2012, la même OCDE classait ses pays membres selon la productivité du travail. Ceci inclut la qualité de la main-d’œuvre, et celle de l'outillage. Pour être productif, un travailleur doit être convenablement formé, énergique et motivé, en bonne santé mais pas exagérément rémunéré. L'outil de travail doit être efficace, et c'est le cas en France, puisque dans ce domaine nous sommes n°2 ! La production horaire du travail en France ($ 59,50 ) n'est dépassée, et encore à peine, qu'aux États-Unis ($ 61,60).

Ah.

Si ce n'est pas le fameux « coût du travail » qui doit être incriminé, on reste sans voix. On ne peut pas plus critiquer le prix de l'outillage, ou de l'immobilier, cela apparaîtrait dans la productivité.

Qu'est-ce que nous avons pu oublier ? Pour produire, il faut des gens, de l'outillage et... ?

Du capital ! Bravo, vous avez trouvé ! Tentez-vous le Banco ?

Oui ! Alors voici la question suivante : Comment une entreprise se procure-t-elle le capital nécessaire à son fonctionnement ou à son développement ? Ting !.... Ting !

2 solutions : Elle l'emprunte à la banque, ou elle émet des actions.


Pour ce qui est du crédit bancaire, vous aurez sans doute entendu parler de ce qui se passe depuis certains événements survenus en 2008. La bulle des subprimes ayant explosé à la figure des investisseurs, ceux-ci ont obtenu des états qu'ils sauvent leurs établissements, trop gros pour qu'on les laisse faire faillite. À la suite de quoi ils se sont montrés nettement plus frileux à l'idée de prêter au particulier comme à l'entrepreneur.

Mettez-vous à leur place. Depuis certaines innovations législatives, les banques de dépôt et d'investissement, ce sont les mêmes. Donc, une fois l'argent collecté, ils ont le choix entre prêter et spéculer. Prêter rapporte moins mais spéculer présente plus de risques. Oui mais non. Puisqu'en cas de gros crash des spéculateurs, on les sauve. Tu peux gagner 5 % sans prendre trop de risques ou 15 % … sans prendre trop de risques.


Mettez-vous à la place du patron, maintenant. Si, si, c'est pour un jeu de rôle, il est important de pouvoir imaginer les réactions de l'adversaire.

Donc le patron cherche du cash. Il va voir son banquier, qui tord le nez. Ce sera dur et ce sera cher. Alors un fonds d'investissement lui propose de prendre des parts dans sa boîte. J'apporte le cash, mais je veux ma part du profit. D'abord il a besoin de cet argent, ensuite il en escompte plus de profit, enfin cette attitude ne contredit pas fondamentalement ses valeurs capitalistes.

Il accepte. Et le fonds exige minimum 15 %, de préférence plutôt 20 %, chaque année, de l'argent qu'il a investi. Et il faut bien céder, car s'il quitte le navire d'un seul coup la boîte s'écroule.


Alors, qu'est-ce qui coûte cher dans la production en France ?

Qu'est-ce qui fait rétrograder les entreprises françaises, de n° 2 mondial qu'elles devraient être, au 23e rang de la productivité ?

Où peut-on chercher des marges de progression ?

Dans le coût du capital.

 

Admettons, mais comment faire ? Tu vas aller dans les bureaux de Goldman-Sachs pour leur dire d'être gentils ?

Bien sûr que non.

Je ne dirai pas ici ce que je préconise au sujet des gens de Goldman-Sachs, je ne tiens pas à être interdit aux mineurs.

Par contre, créer un pôle bancaire public, indépendant de toute pression en vue de maximiser le profit, ce n'est pas de la pornographie. C'est juste du bon sens, refuser d'avoir peur des mots, comme par exemple « nationaliser ». Une banque n'a nul besoin de spéculer à tout va pour être rentable. Une banque doit juste collecter les dépôts et assurer l'accès au crédit, et elle rend le service que l'on attend d'elle. Le reste ressort de l'enrichissement sans cause.

Comme le disait Frédéric Lordon, il est urgent que le métier de banquier redevienne un peu ennuyeux.

Et que la fonction d'informer l'opinion redevienne un peu sérieuse.

Publié dans Idéologies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article