Rafales dans la trêve: Strasbourg

Publié le par cassetoi-vlp

Je tombe ce matin sur le compte-rendu du meeting tenu par l'occupant sortant de l'Elysée à Strasbourg, hier jeudi, malgré l'affichage de l'interruption de la campagne. À ce propos, tout le monde aura compris qu'interrompre la campagne signifie : « Candidats, taisez-vous, le président parle ».

Donc, compte-rendu de meeting, sur le blog tenu par Arnaud Leparmentier, au Monde.fr. Il est journaliste au Monde, « chargé du suivi de l'Elysée ». Autant dire passé au tamis très fin grâce au: Strasbourguel l'Elysée sélectionne les journalistes à qui le chef accepte de répondre, voire de délivrer ses confidences. Le Monde n'enverrait pas à ce poste quelqu'un qui ne soit à même de revenir avec de la matière.

Première citation : « Non, il n’y a pas en France un climat qui puisse expliquer ces crimes ». Expliquer serait en effet un mot trop fort. Le climat seul ne fait pas tout. Par contre il pourrait être tel que de tels actes soient impensables. Ce qui n'est pas le cas. Dans des milieux où un certain culte de la force virile se combine au sentiment d'être méprisé, la réponse violente n'est pas loin. Elle est d'ailleurs quotidienne, à un degré bien moindre habituellement.

Le candidat UMP ajoute : « Ces crimes sont ceux d'un monstre et pas d'un fou qui serait irresponsable. »On commence par dénier la qualité d'humain à celui que l'on attaque. C'est ainsi qu'ont toujours commencé les pires monstruosités. À lire de tels propos, je sens que je me rapproche du point Godwin : je ne vais plus pouvoir retenir longtemps la comparaison avec le nazisme. Car enfin, c'est dur à admettre, mais il le faut : cette petite frappe sans père sans repères et sans limites qui s'est fait endoctriner en prison par une crapule de fanatique religieux est un être humain. Si l'on essaie d'occulter le fait que l'humanité contient aussi cela, on n'arrivera à rien.

« Lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable », ajouta le candidat des riches. Vous voilà prévenus : qui réfléchit, cherche à savoir comment c'est arrivé, finira dans le même sac. Avec une grosse pierre au fond, comme une portée de chatons indésirables. La faute est morale, donc il n'y a pas à discuter. D'ailleurs elle est impardonnable, c'est pour les siècles des siècles que réfléchir est interdit. Demi-surprise : on n'avait pas remarqué de tendance irrépressible au pardon chez ce cannibale de la politique.

"La France n'est pas raciste. La France n'est pas antisémite". Ah bon ? Bonne nouvelle, notez. C'est peut-être relativement vrai, mais alors ce n'est pas sa faute. Depuis l'affaire des Roms, la pression n'a jamais baissé sur les étrangers, qu'ils aient des papiers ou non. Déjà aux premiers jours de sa précédente campagne, il faisait comprendre que les jeunes des banlieues ne valaient pas le Kärcher pour les nettoyer. À l'époque le présumé tueur fou devait avoir 18 ans, largement l'âge de comprendre qu'il était de trop.

« Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, c'est indigne. »On comprend qu'il se prémunisse contre de tels discours.

Parce qu'ils seront tenus, et qu'ils méritent de l'être. Sans tout mettre sur le dos de la société, il est évident qu'il s'est construit dans un contexte précis, où les opportunités et les demandes étaient en complète contradiction. Il faut réussir, mais tu ne le pourras pas. Il faut être fort, ne pas se laisser marcher sur les pieds, mais toi tu es impuissant. Etc... S'il a été si facile, en prison, de le pousser dans un tel délire, vers une mort quasi-certaine, c'est bien qu'il était déjà complètement perdu.

Mais aussi parce qu'en les menant à leur terme, ces discours conduiront forcément à le mettre personnellement en cause. Qui dirige tout dans la sécurité depuis tantôt 10 ans ? À qui doit-on une police affaiblie et harcelée pour faire quand même du chiffre ? Les quotas d'expulsions d'étrangers, y compris, stupidement, les meilleurs, les jeunes diplômés ?

Enfin vint la menace, grande spécialité maison, gonflée d'air comme un soufflé. « Ceux qui iront à l'étranger se faire endoctriner à des idéologies conduisant au terrorisme seront punis d'une peine de prison. Nous allons donc créer un délit de voyage en Afghanistan, voire au Pakistan. Le Conseil Constitutionnel, la Cour Européenne des Droits de l'Homme, n'attendent que cela. La stupidité de l'argument ne donne pas une fière idée du public auquel il s'adresse.

« Il en sera de même pour ceux qui consultent des sites Internet qui appellent à la haine. »Celui-ci ne vaut pas mieux, mais en plus il permet de viser les chercheurs, journalistes, etc... qui étudient tous ces mouvements. Ficher les curieux est la base d'une saine politique démocratique, Fouché l'avait déjà compris.

Il a bien sur, évoqué d'autres sujets, mais contrairement à lui, je n'aime pas embrouiller le débat, donc je m'en tiendrai là. Il me semble que la récupération est suffisamment claire. Deux petits travaux pratiques amusants pour les jours à venir :

Essayer de reconstituer l'histoire que l'on essaie de vous faire croire par bribes, elle est forcément à côté de la vérité, sinon on n'y mettrait pas tant d'efforts.

Dépister les décisions normalement inacceptables qui seront proposées à la faveur du choc si bien créé et entretenu.

Je ramasse au prochain cours.

Publié dans Les zinformations

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le journal de personne 28/03/2012 16:43

Je suis le peuple!

Et je ne cherche pas la majorité des voix
Parce que je suis la voix de la majorité
Je ne peux être ni prise, ni reprise, ni échangée
Je dérange mais nul ne peut me déranger
Je suis le peuple
La majorité qui protège les minorités
Comme une mère patrie protège ses petits
Ou un frère qui indique le sens de la fraternité
Ou un camarade qui dit l'essence de la camaraderie
Je suis le peuple
Et en même temps la force et le droit
La conscience de l'autre comme conscience de soi
Ni la volonté des uns, ni la volonté des autres
Mais la volonté qui s'impose aux uns et aux autres
Je suis le peuple
Je suis le garant de la constitution
Celle que je m'en vais rédiger le lendemain des élections
Parce que je ne vais plus déléguer le pouvoir à mes représentants
Je me charge de l'exercer moi-même
Comme seul et unique consultant
Je suis le peuple
La république et la raison démocratique
De ceux qui veulent substituer la force du droit au droit de la force
La circulation du pouvoir au pouvoir de circulation
L'appropriation de soi à la désappropriation des autres
Je suis le peuple
Souverain et souveraine ... Je tiens les rênes
Le trône pour tous, la couronne pour chacun
C'est à vous que je m'adresse... petites gens à la traîne
Mon destin est concentré entre vos mains
Je suis le peuple
Nous errons ensemble, plus jamais séparément
Nous mourons ensemble, plus jamais séparément
Nous ressusciterons ensemble, plus jamais séparément
Et nous vaincrons ensemble, pour ne pas être vaincus séparément.
Je suis le peuple
Qui ne distingue pas sa gauche de sa droite
Qui va de bas en haut et de haut en bas
Pour réconcilier le ciel et la terre
Et ôter l'ombre de la lumière
Je suis le peuple
Conscient que ses élites se délitent
Conscient que ses intellectuels sont devenus surréels
Conscient que ma résolution ne passera pas par quelqu'un d'autre que moi
Votons, votez pour que je me libère
De ces expressions mensongères
Qui ne vous disent pas la vérité
Quand elles ne vous disent pas que je suis le chef d'œuvre de votre liberté !

François 24/03/2012 05:52

Gilles Servat! La Blanche Hermine! Quelle petite madeleine de Proust...
Séditieux ? Je m'entraîne pour repasser le bac! Commentaire de texte.

Un partageux 23/03/2012 07:37

Je me souviens qu'un maire avait naguère interdit tout concert de Gilles Servat dans sa ville pour cause de "propos séditieux". Tu me sembles tomber sous le coup de cette jurisprudence. ;o)