Derrière les mots

Ici se retrouveront au fur et à mesure de mes agacements les mots employés à côté de leur sens et qui méritent à mon avis d'être remplacés, du fait de leur participation à une propagande libérale souterraine. Ils seront accompagnés autant que possible d'hypothèses explicatives quant à cette fonction de propagande, et de propositions alternatives.

Bien entendu, si ailleurs me tombe sous la main l'une ou l'autre pépite susceptible d'enrichir cette collection, je ne me priverai pas de vous en faire part.

 

 

A tout seigneur tout honneur :

 

 

Gauche : Dans une quantité d'expressions comme « le programme de la gauche » (désuet), « les propositions de la gauche », « sous les gouvernements de gauche », il désigne en réalité le PS, et plus particulièrement sa direction. Pour ajouter un peu de cuistrerie au débat, on peut signaler qu'il s'agit d'une synecdoque, figure de réthorique consistant à prendre la partie pour le tout ou inversement, et que son emploi est normalement réservé à la production d'un effet poétique.

Pour ce qui est d'expliquer son emploi, assimiler la gauche au PS contribue à limiter la vie politique française à deux partis objectivement alliés dans leurs prétentions co-hégémoniques. On voit clairement par là quels intérêts il peut servir.

Quant à son remplacement, PS me semble mieux adapté que Socialiste, désignant une organisation dont l'orientation actuelle entretient un lien discutable avec ce dont socialisme est le vrai nom.

 

 

 

Agence : Aux Etats-Unis, il évoque un organisme officiel, gouvernemental, créé pour répondre à une mission spécifique. Les plus connues sont sans doute la CIA (Central intelligence Agency) et la NASA (National Aeronautics and Space Administration), mais des agences ont aussi en charge le contrôle des marchés boursiers (SEC), le financement des campagnes électorales (FEC), la protection de l'Environnement (EPA), le courrier (USPS), … Une agence fédérale est une autorité crainte et respectée.

 

Accolé à « de notation », par contre, c'est un mot cache-sexe pour une société commerciale. Dans un contexte ultralibéral où le commerce (business) est plutôt valorisant, on peut s'étonner de voir des sociétés commerciales ne pas s'assumer comme telles. C'est qu'ici, l'objectif en termes d'image est différent : il s'agit de passer pour des arbitres indépendants et objectifs, d'où la métaphore du thermomètre qui leur est souvent appliquée par la droite. (Je vous épargnerai le revers grossier de cette métaphore anale et malvenue.)

 

La réalité est toute autre.

Qualifier d'indépendante une entreprise qui vit de sous-traitance est risible : Or ces sociétés de notation sous-traitent massivement aux plus gros groupes financiers l'évaluation des risques de crédit. Elles défendent donc logiquement les intérêts de leurs clients, et même les favorisent à l'occasion par des mouvements de panique sur telle valeur dont la baisse sert lesdits intérêts.

L'objectivité suppose une évaluation scientifique et transparente, puisqu'une démarche scientifique doit être validée par les pairs et reproductible. Elle conditionne la confiance. Dans le cas présent, les méthodes de notation sont couvertes par le secret industriel. C'est tout dire. Il s'agit donc bien d'outils, mais destinés à quel usage ? Il n'est que d'en observer les effets pour s'en faire une idée.

 

Comme propositions de remplacement du mot « agences », les solutions ne manquent pas : Compagnies, entreprises, sociétés, groupes multinationaux pour certaines d'entre elles.

 

N.B. Que penser du choix du mot notation, privilège de celui qui sait sur ceux qui ignorent, transposition « objective » d'une réalité « incontestable » ? C'est toute l'expression qu'il faut reformuler.


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