Quantcast

Mercredi 23 janvier 3 23 /01 /Jan 06:11

Voici donc, comme promis le deuxième épisode de la série ANI.

 

Pour commencer, précisons que la signature de cet « accord » ne devrait avoir aucune valeur. En effet, les organisations signataires sont loin de représenter plus de la moitié des salariés, quelle que soit la manière dont on le mesure.

Quelque part, c'est une bonne nouvelle, si on considère ce qu'ils ont signé, que la majorité des syndicats ne soit pas prête à de telles compromissions. Seulement, voilà, en ces matières, la majorité légale s'établit à … 30 %. Décidément, le monde du travail et la démocratie n'ont jamais fait bon ménage, mais les choses ne s'arrangent pas. Ici comme ailleurs, il s'agit de textes de loi, qu'un parlement a votés, qu'un autre aurait pu abroger. Ne pas l'avoir fait avant cette négociation est forcément un choix politique. Il suffit maintenant de bien tenir en main ses députés, et la messe est dite.

 

Mais d'autres précautions ont été prises pour éviter trop de chambard dans l'opinion, qui pourrait pousser les députés à tenir compte de l'avis de leurs électeurs. On ne sait jamais, certains sont débutants et encore naïfs, d'autres tiennent à leur place, bref, le groupe a déjà montré une certaine « fragilité », au moment du vote du budget par exemple.

 

Donc des précautions ont été prises pour en faciliter l'adoption, du type que certains dénomment "vaseline", mais je me garderai bien de recommander une appellation aussi grossière. Enfin vous faites comme vous voulez.


Premièrement, ce texte est volontairement compliqué, ce qui dilue la mobilisation. La législation du travail est harcelée de tous les côtés à la fois, rendant impossible la formulation d'une bonne grosse revendication bien unifiante et par là dangereuse, je veux dire éventuellement efficace.

 

Certaines de ces attaques sont juste de petites piques mesquines, assimilables à des manœuvres de diversion. Par exemple, les 5 ans dont vous disposiez pour réclamer vos heures supplémentaires ou aller au prud'hommes sont réduits à 3 et 2 ans respectivement. Ensuite, une fois en conciliation devant lesdits prud'hommes, les dommages-intérêts que vous pourrez réclamer seront plafonnés. Et puis lorsque votre patron (ou ex-patron) aura refusé cette conciliation, vous irez en audience, et vous ne pourrez plus augmenter vos demandes. La limite que l'on n'aurait pu imposer aux juges, à cause de la constitution, sera fixée aux demandeurs par avance. On apprend des choses dans les grandes écoles. Marrant comme ce texte est mieux ficelé que celui des 75 %. Le gouvernement devrait demander au MEDEF l'adresse de ses conseillers juridiques.

 

D'autres points reviennent à n'enlever qu'une brique de la muraille, mais c'est celle qui la tenait debout.

 

D'autres encore sont immédiatement destructeurs, comme certains aspects des « accords de maintien dans l'emploi » (sic) . Ainsi, lorsqu'un tel accord est signé dans une entreprise, et en cas de refus des baisses de salaire alors possibles, l'existence même de l'accord atteste d'une « cause réelle et sérieuse » de licenciement économique, ce qui court-circuite d'avance tout recours en justice. Décidément, on n'aime pas les juges au gouvernement MEDEF.

Certains se rappellent peut-être la longue lutte des salariés de Continental contre ce type de chantage. Rassurons-nous, désormais les choses iront beaucoup plus vite, ce sera légal, prévu, bordé. Et on vient de voir qu'il est toujours possible de trouver une main pour tenir le stylo et signer l'accord.

 

Par ailleurs, l'application de tous ces réjouissants progrès sociaux est prévue étalée dans le temps. Ceci a deux explications aussi amusantes l'une que l'autre.

D'abord cela contribue encore à éviter des difficultés sociales. Le saucisson s'avale mieux en tranches que tout entier. (C'est si vrai que j'en tiens compte pour vous le raconter en plusieurs fois). Une mesure par-ci par-là ne mettra pas le feu au pays. D'autant moins si elle résulte d'une négociation avec les « représentants » des salariés.

Ensuite, les pauvres contreparties « gagnées » par ces « syndicats » seront à négocier ultérieurement, qu'il s'agisse de la « généralisation de la couverture complémentaire des frais de santé », de la « création de droits rechargeables à l’assurance-chômage » ou de la « création d’un compte personnel de formation ».

Ce sera plus tard, peut-être, et si ça ne leur coûte rien.

 

Quant au contenu de ces trois pantalonnades, il fera l'objet d'un prochain épisode.

A bientôt dans la rue.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Droit social et du travail
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 janvier 7 20 /01 /Jan 17:26

Il n'y a pas que le Mali dans la vie... Et je ne fais pas allusion à la neige hivernale en écrivant cela. Sans minimiser l'importance de ce qui se passe dans le Sahel, c'est tout de même un écran de fumée de première grandeur. Et puis combien de nos concitoyens y peuvent-ils quoi que ce soit ? Entre le pouvoir (suprême) du chef (suprême) des armées, et l'unisson de toute la classe médiatique, il ne reste pas grand-monde pour faire entendre une voix discordante.


Ce contre quoi nous pourrions nous faire entendre, par contre, porte le doux nom d'ANI (Accord National Interprofessionnel), et le surnom d' « accords de Wagram ». Et cela va changer notre vie à tous, pas en bien, et dans peu de mois, si l'on n'y porte remède.

Tous ceux d'entre nous qui sont actuellement sous le régime d'un contrat de travail sont immédiatement concernés. Les niveaux de salaire et temps de travail prévus dans ceux-ci ne pourront plus être opposés aux exigences patronales concrétisées dans les « accords de maintien dans l'emploi ». Le nom choisi suggère délicatement le chantage au licenciement dont il est question. En réalité, il s'agit des « accords compétitivité-emploi » de Sarkozy, rebaptisés. Quand je vous disais qu' Hollande nous ferait du Sarko, mais poliment.

Si la conjoncture l'exige donc, on baissera les salaires. Et vous n'aurez rien à dire, sinon ce sera le licenciement, sans formalité inutile.


Vous n'aimiez pas les plans sociaux ? Le MEDEF non plus ! Trop compliqué, trop de risques légaux. Maintenant, grâce à l'accord d'entreprise les licenciements, même collectifs seront bien plus simples, plus rapides, plus surs. C'est le progrès.

Vous préfériez signer un CDI ? Là, le MEDEF n'est pas d'accord. On crée donc le CDI intermittent. Avec des trous. Comme une suite de CDD, mais sans la prime de précarité. Oh, pas pour tout le monde ! Pour l'instant... Seuls trois secteurs sont actuellement concernés : La chocolaterie (Noël, Pâques), les articles de sport (été/hiver) et la formation. Alors là, mes collègues enseignants qui se pensent à l'abri vont en faire une tête lorsque, l'Education Nationale enfin privatisée, on va les débaucher avant chaque période de vacances ! En attendant, tout le secteur privé va pouvoir en profiter (rappelons que l'apprentissage est de l'enseignement privé). Avant que le tourisme, les jouets, les instituts de sondage (Ah, oui, l'IFOP de Mme Parisot!) et bien d'autres ne se jettent dans la brèche. Et pas question de faire autre chose quand votre cher employeur vous met au pain sec, ce serait du travail au noir.


Oui, mais bon, par certains côtés - me dit-on au fond de la salle – il y a des avancées.

« Ah bon ?

- La sur-cotisation sociale appliquée aux contrats courts, par exemple.

- Rappelons tout de même que ces contrats de moins d'un mois étaient interdits, il y a peu. Et notons au passage que pour consoler les employeurs des 110 millions € que cela devrait leur coûter, on leur offre 155 millions € d'argent public en exonérations sur les CDI des jeunes, éventuellement des CDI intermittents. Tout bénef. »

 

Quant à faire appel aux prud'hommes lorsque ces conditions paradisiaques seront tout de même dépassées, le MEDEF a tout bien bordé : délais raccourcis, conditions durcies, dans tous les cas.


Tout cela, bien entendu, au nom de l'emploi. Conformément au dogme libéral qui veut que faciliter le licenciement pousse à l'embauche. Que voulez-vous, les entreprises ont « peur d'embaucher » dans les conditions actuelles, ce n'est pas moi qui le dit, je l'ai entendu d'un économiste de droite. Ce n'est pas moi non plus qui ai inventé la novlangue, c'est George Orwell dans son roman « 1984 ». Ce n'est pas moi non plus qui en ai donné comme exemples des phrases du type « la guerre c'est la paix ». Mais c'est bien moi qui affirme que ce n'est plus de la science-fiction : on est en plein dedans.


Tous ces point ne représentent qu'un aperçu de l'accord, et pour en lire une analyse complète voici quatre sources :


Le site du Parti de Gauche, Comité Ouest 17

ATTAC France

La Fondation Copernic

Le blog de Gérard Filoche, membre du Bureau National du PS, inspecteur du Travail à la retraite.


Et si vous préférez, attendez un peu, j'y reviendrai. La prochaine fois, je vous donne le texte intégral en annexe. Cela vaut son clic.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Droit social et du travail
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 8 octobre 1 08 /10 /Oct 17:05

Un de plus ! Marianne nous propose cette semaine un article basé sur un sondage. Rien d'original, penserez-vous, du moins si vous pensez comme moi. Si celui-ci vaut commentaire, c'est à cause du rapport étrange entre son titre et son contenu. Voyez plutôt : le titre est « Les Français plus nombreux à préférer Sarkozy à Hollande ».

 

On comprend qu'une majorité préfère le sorti à l'actuel. Or ce n'est pas le message. Il s'agit d'annoncer que les fans de Sarko sont de plus en plus nombreux. Plus qu'ambigu, à mon avis, mais carrément fallacieux. Etonnant de la part de Marianne2, alors que dans le Figaro je n'aurais même pas relevé. (Déjà, je ne l'aurais sans doute pas lu : mon esprit de sacrifice a des limites.)

Mais en fait, le seul contenu réellemnt informatif de cet article est à chercher dans un recoin. Que l'exercice du pouvoir ait usé la popularité de Hollande n'est même pas une info, tellement c'est banal, et était attendu. Mais on y apprend que les gens qui aujourd'hui voteraient Sarko le feraient contre Hollande, pour une grande part d'entre eux. Contre l'un n'est pas pour l'autre, c'est même très différent. Nous-mêmes, au Front de Gauche, avons consciemment utilisé le vote Hollande pour débarrasser le pays de la catastrophe quotidienne qu'était son prédécesseur. Et donc, ce qui est nouveau, dans cet article, c'est... Que rien n'a changé ! Aujourd'hui encore, une bonne part de la population voterait par défaut, insatisfaite du choix entre les deux vedettes des médias.

 

Ne serait-ce pas le moment où jamais de renforcer le Front de Gauche, pour en sortir enfin, avant de glisser dans la boue brunâtre qui nous attend à l'extrême-droite du paysage politique ?

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Institutions-démocratie - Communauté : Front de Gauche
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 27 septembre 4 27 /09 /Sep 10:18

« Le non au traité est ce qui rapproche le FdG du FN ». Voilà une idée reçue qui se glisse dans le débat, et qui mérite un démontage car elle a de quoi troubler : aucune personne saine d'esprit n'aime se voir assimiler aux vomisseurs fascistoïdes en question. De plus, qui hésite dans ses convictions, entre la gauche et le PS, peut y trouver encore une raison de se tromper.

Mettons donc en pratique l'information fournie ici par Alfredo Gomez-Muller, professeur de philosophie politique  qui donne trois critères simples pour reconnaître un discours idéologique, une position ayant vocation à entrer dans l'idéologie dominante.

 

Les deux premiers critères sont deux manières de mystifier le récepteur du message.

 

Le discours idéologique propose une vision renversée du réel.

C'est bien le cas ici, et il n'est pas exagéré d'opposer la position du FN, xénophobe et nationaliste, à celle du FdG, démocrate et internationaliste. Par ailleurs, l'image des rapports à l'intérieur de la gauche est elle aussi renversée. C'est bel et bien le PS qui va obtenir de l'UMP un vote favorable, et c'est bien normal puisque c'est le président sorti qui a négocié ledit traité.

 

Le discours idéologique masque le lieu d'où il parle.

Il présente ses observations comme des vérités objectives, gommant le fait que le paysage est différent selon le lieu d'où on l'observe.

L'exemple est parfait. Comment contester que ce « non » soit un point commun ? Lorsqu'il pleut, il pleut, point final. Et pourquoi préciser que le locuteur représente le groupe qui présente et défend le texte? Pourquoi mettre en valeur l'intérêt qu'il a à discréditer cette remise en question malvenue, et qui s'étend dans les rangs de la majorité EELV-PS ? Pourquoi donc souligner que ces propos sont émis au moment où le conseil national EELV et une vingtaine de députés PS expriment de fortes réticences, pour dire le moins ?

 

Le troisième demande une certaine attention pour en pas verser dans le procès d'intention. Mais dans le cas présent, le risque est mince, ainsi que nous l'allons voir.

 

Le discours idéologique est émis dans un but de domination. C'est tellement évident que cela en devient difficile à préciser encore. Lorsqu'un parti au pouvoir attaque une position dissidente sur la forme sans aborder le fond, quel pourrait bien être l'objectif si ce n'était consolider sa domination ?

 

Ma conclusion personnelle : Mieux vaut lire les déclarations que les écouter. Cela donne le temps de les relire et de s'interroger.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : TSCG - Communauté : Front de Gauche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 11 septembre 2 11 /09 /Sep 10:02

Rappel des épisodes précédents: L'OMT est un nouveau mécanisme destiné à sauver l'Europe. Il permettra d'éviter que les intérêts sur les dettes souveraines ne montent trop haut. La BCE rachètera les titres de dette en quantité illimitée.

Mais, elle les rachètera aux banques, aux prix du marché, sécurisant leurs profits, au moment où l'escalade lui semblera suffisante.

Mais, encore, les états, pour en bénéficier, devront se soumettre à des conditions d'austérité à la grecque, sous l'égide du Mécanisme Européen de Stabilité.

 

Et ce matin, sur Arrêt sur Images, sont mis en lumière d'autres aspects de ce mécanisme. Je les résume ici, car ils me semblent en valoir la peine.

 

Tous ces rachats de titres au moyen d'euros tous neufs, vont inonder le marché de monnaie supplémentaire, ce qui réveille le spectre de l'inflation. (Spectre imaginaire tant que l'on n'est pas au plein emploi, mais passons.) De ce fait, la BCE s'est engagée à stériliser le marché, c'est-à-dire à retirer de la circulation autant d'euros qu'elle en aura ajoutés.

Pour cela, elle doit vendre pour aussi cher qu'elle achète, et donc récupérer les liquidités.Vendre des obligations privées, d'entreprises par exemple, ce qui fera baisser leur cote, par l'effet de leur abondance. Donc, ces obligations qui n'ont plus la cote, pour les placer tout de même, leurs émetteurs devront proposer un taux plus attractif. En Français, les entreprises vont payer le crédit plus cher. Et idem pour les particuliers lorsque l'entreprise est leur banquier. Ce qui conduit Jacques Sapir à annoncer une envolée des taux de crédit pour les entreprises et les particuliers..

 

Ainsi, d'une part les gouvernements se débarrassent de la gestion du surendettement des états, et en chargent la Banque Centrale.Voilà Angela Merkel, entre autres, soulagée de ce qui aurait pu devenir un boulet pour sa réélection.

 

Dautre part, les coûts engendrés par ces opérations seront assumés par les particuliers et les entreprises, sous forme de crédit plus cher.

 

Ensuite, les financeurs n'ont plus à craindre, ni la baisse des taux, puisque la BCE attend que la situation soit sérieuse pour intervenir, ni le défaut, puisqu'elle intervient. L'obligation d'état devient une rente très sure et très fructueuse.

 

Enfin, le président de la BCE prend le pouvoir sur les politiques économiques des états de la zone euro, surendettés ou non.B. Bertez explique ici comment la BCE a fait en son temps tomber Berlusconi.Ce président, Mario Draghi, étant rappelons-le un ancien - et probablement futur – salarié de Goldman Sachs. La pratique est constante à la Firme, de ces allers-retours public-privé. Et qui, croyez-vous, a les moyens de gagner le plus dans cette affaire, sinon la plus grosse banque qui soit?

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Dette - Communauté : Front de Gauche
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Présentation

Librairie

Jean-Luc Mélenchon "Qu'ils s'en aillent tous!" (Flammarion): Sorti en édition de poche depuis lors. Un déclencheur, le pourquoi et le comment du changement en 140 pages.

 

"L'humain d'abord" (Librio) Le programme du Front de Gauche pour 2€. Un grand succès de librairie. Version gratuite à télécharger sur le site Place au Peuple.

 

Jacques Généreux "Nous, on peut!" (Seuil). Un prof d'économie à Sciences PO et Secrétaire National à l'économie du Parti de Gauche, qui vous explique "pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu'il veut face aux marchés...."

 

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot "Le président des riches" (La découverte) Deux sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, qui étudient depuis des années la haute bourgeoisie de l'intérieur. Ici, ils enquêtent sur l'oligarchie qui domine politique, affaires et médias. Ses membres, leurs réseaux, modes d'action, conscience de classe dans un historique du règne qui s'achève.

 

Partager

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés