Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 06:14

« Casse-toi ! » lui ont dit les électeurs.

Et ils ont cru que c'était fait. Avec quelque difficulté, après tout ce temps, mais ils l'ont cru. Mais c'était trop simple. Têtu comme un VRP affamé dans un lotissement de banlieue, le sorti par la porte rentre par la fenêtre. La grosse erreur serait de croire que lui et ses petits copains ont renoncé, que le populo a pris le pouvoir et fait maintenant à son idée. C'est un peu comme dans un traitement antibiotique : si vous arrêtez parce que vous vous sentez mieux, mais qu'il vous reste quelques virus planqués dans le corps, vous avez toutes les chances de rechute.

Eh bien lui, il se planque au Conseil Constitutionnel.

« Ah, oui, la maison de retraite des présidents décatis ! » Je vous entends d'ici. On pouvait croire, il y a peu, que cette vénérable institution n'était guère dangereuse. Cela a été vrai longtemps. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, et cet exemple souligne, s'il le fallait, la nécessité de refondre nos institutions de A à Z. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est Robert Badinter dans Le Monde. C'est vous dire si c'est sérieux.

(Pour mémoire, cet avocat fut durant des décennies à la pointe du combat contre la peine de mort, dont il finit par obtenir l'abolition en 1981, en tant que Ministre de la Justice de François Mitterrand.)

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Institutions-démocratie - Communauté : Front de Gauche
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 08:10

Bon.

Ça, c'est fait.

Vraiment fait, il paraît qu'il est même parti en vacances, deux semaines au Maroc. Je vais probablement me ridiculiser, mais tant qu'il n'a pas été vraiment parti, j'ai eu du mal à y croire pleinement, à me détendre tout à fait. On a vu des choses tellement inhabituelles, ces dernières années. Va-t-il nous sortir une fraude électorale, ou je ne sais quel prétexte pour retarder l'application de notre choix ? Et pendant ce temps un bon gros choc, une crise inattendue, financière, sanitaire, diplomatique, que sais-je ? Mobilisation générale et union sacrée, faisons taire nos divergences (comprendre « mes opposants »). Etat d'urgence, on verra les élections après. Quand ? Après, on te dit. Je délire sans doute un peu, mais l'histoire montre des situations bien plus improbables qui se réalisent. Enfin, bon. Il ne l'a pas fait. On respire avec le ventre.

 

Maintenant que c'est fini, je pense que nous allons nous rendre vraiment compte de ce que nous avons vécu. Dix ans...

Dix ans et pas un jour sans entendre son nom au moins une fois, et encore à condition de se contenter du JT du soir. Dix ans dont largement sept avec ses interventions, sa voix, sa figure, son discours de kapo et le « moi, je » en filigrane. Dix ans de matraquage quotidien, au point que les moins de vingt ans ont pu finir par trouver cela normal. Dix ans avec le modèle infligé d'un type à l'équilibre psychique pour le moins fragile. Dix ans durant lesquels la critique publique a été petit à petit étouffée. Il a fallu cette campagne électorale pour que l'on entende un discours un peu musclé au-delà d'un cercle confidentiel. Dix ans de démolition systématique des institutions, sans résistance sérieuse ou efficace. Dix ans d'enfermement de chacun dans sa propre tête pour simplement conserver son emploi, donc d'étranglement des solidarités et des organisations. Dix ans à diriger la peur et la colère vers l'immigré, le jeune, le pauvre, l'autre.

Non, la période N. S. n'a pas été simplement un épisode de droite.

 

Je ne sais combien d'entre vous ont eu l'occasion de se rendre dans des pays soumis à la dictature. Pour ma part, je suis allé trois fois en Tunisie ces dernières années, pendant puis après Ben Ali. Depuis, j'y repense souvent. Non pas tant avec enthousiasme envers un peuple qui s'est libéré, qu'avec un certain malaise. Tout avait commencé d'une manière tellement semblable. Le jeune leader dynamique avait pris la place du vieux « roi fainéant ». Il avait promis de redresser le pays par l'économie. Peu comprenaient alors que cela signifiait « en donnant plus à ceux qui ont beaucoup ». Bref, il était devenu omniprésent. Et tout le monde, à la longue, s'était habitué. Non par je ne sais quel fatalisme musulman, mais à force de ne rien connaître d'autre. Et qui osera prétendre que ce processus, en France et sous Sarkozy, n'était pas déjà entamé ?

On a eu chaud, les gens. On a eu mal, mais cinq ans de plus et bien des choses seraient devenues irrémédiables. Le pays a frôlé de bien près une situation dont on ne sort qu'après une génération - et souvent une guerre. De ce point de vue, vous ne la trouvez pas un peu irréelle, l'ambiance médiatique, depuis l'élection ?

Des millions de gens attendent que se desserre le carcan qui les réduit petit à petit à la pauvreté, voire la misère, et on commente le bisou des premières dames. Chaque trimestre, chaque mois, ils sont un peu plus nombreux à tomber à l'eau, et on disserte sur le CV du capitaine, le sourire du second, la présence des femmes, des jeunes et de la diversité dans l'état-major... Le sujet important, ce n'est sans doute pas « comment allons-nous sortir de là ? » mais « sous quel style de gouvernance et à quelle vitesse allons-nous finir de couler ? ».

Un petit exemple : nous allons avoir très bientôt des élections législatives. Normalement, en démocratie, la désignation des législateurs comporte un enjeu énorme. Si le quinquennat précédent a pu aller aussi vite, aussi loin, c'est avant tout parce qu'aucune résistance sérieuse ne pouvait venir du Parlement. Le sorti disposait d'une majorité absolue, il faisait ce qu'il voulait. Eh bien, où entendez-vous évoquer, aujourd'hui, le danger de reproduire cette situation ? Le risque que prend un pays à décider de sa politique sans vrai débat ? Uniquement chez les élus de droite qui cherchent à éviter Pôle Emploi. À laisser les bonnes questions entre les mains de l'adversaire, on se prive des bonnes réponses.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Institutions-démocratie - Communauté : Front de Gauche
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 07:18

Sarkozy se mélenchonise ! Et c'est Jean Quatremer qui vous le dit, croyez-le il s'y connaît. Le spécialiste Europe de Libé n'a pas son pareil pour renifler l'odeur des idées du Front de Gauche, qu'il déteste. Donc, hier, ils expliquait sur son blog, que Sarkozy prétendant amener la Banque Centrale Européenne à soutenir la croissance, récupère une proposition du Front de Gauche. De plus, il montre bien le revirement que cela constitue de la part du sortant, et la démagogie qu'il y a dans cette proposition, impossible à honorer pour lui.

Eh bien figurez-vous que pour une fois, Quatremer ne dit pas que des âneries. La proposition vient bien de nous, et sera bien inapplicable dans le cadre d'une politique libérale. C'est juste la récupération d'un mot d'ordre dont on a fini par remarquer qu'il rencontre une adhésion populaire incontestable.

Pour la clarté du débat, je vous livre l'original : Il s'agit d'exiger que la BCE prête elle-même aux Etats à 1%, comme elle le fait aux banques privées. Et si les partenaires européens ne sont pas d'accord, dans un premier temps, on utilise la Banque de France pour le faire. Ceci afin d'éviter que ces dernières, en jouant simplement les intermédiaires, multiplient les taux d'intérêt par 3, 12, 18,... Que nous payons avec la dette publique. Afin aussi de leur retirer ce puissant levier de contrainte sur nos politiques publiques : Si celles-ci ne leur plaisent pas, qu'elles les jugent dangereuses (pour elles), les taux d'intérêt grimpent brusquement et le gouvernement déraisonnable revient à de meilleurs sentiments.

Inutile de préciser que le futur sorti n'a aucune intention d'emprunter de tels chemins. C'est là que réside le piège. On propose une mesure isolée, qui n'a aucun sens sortie d'un programme cohérent. On pique juste une bonne idée qui marche, ce n'est pas de la démocratie, c'est de la concurrence entre agences de pub.

Mais je n'aurais pas entrepris d'écrire cette note juste pour dénoncer une arnaque du pouvoir en place. Il y en a trop, et puis j'ai la faiblesse de penser que sur ce point au moins, les lecteurs de ce blog sont déjà au courant. Le phénomène qui prend de l'ampleur, c'est que tous les candidats – disons à partir de 10% - se servent de plus en plus régulièrement dans le discours du Front de Gauche.

Au PS, on a entendu récemment que « l'ennemi, c'est la finance ! » et qu'il fallait taxer à 75%le deuxième million d'euros (et les suivants). Mais désigner l'ennemi n'est pas savoir quoi faire. Nous avons besoin de finance, l'économie ne peut fonctionner sans banques. Ce sont certains comportements, principes et habitudes qui doivent être empêchés, et non pas seulement stigmatisés. Les traders ne travaillent pas pour que nous les aimions. Ils s'en tapent. C'est un peu plus compliqué à expliquer, cela nécessite une réflexion plus longue et construite. Quant à taxer les footballeurs et les starlettes, les traders et les châtelains, c'est un doux rêve si l'on ne va pas les chercher là où ils sont : En Suisse, ou dans un autre paradis fiscal. L'impôt doit être progressif et sa collecte doit être efficace. En voilà des fonctionnaires qui rapportent !

A MoDem c'est une vieille habitude, déjà en décembre dernier j'avais pu croire que « Bayrou se rallie au Front de Gauche », et cela n'a pas vraiment cessé depuis.

Au Front National, on a voulu faire croire que la mode était à la retraite à 60 ans, après avoir tout fait pour casser le mouvement qui le revendiquait.

Etc...

Alors ? À mon avis, c'est bon signe pour nos idées. Ces gens sont bien informés, s'ils font tant pour en récupérer la popularité, c'est qu'elles se répandent, sans doute plus que nous ne l'imaginons nous-mêmes : nous n'avons évidemment pas les retours de militants de leurs partis qui doivent réclamer un positionnement là-dessus. C'est pour des idées que nous sommes engagés, et si Hollande devait appliquer le programme du Front de Gauche, alors vive Hollande ! Personne n'aime la désunion de forces qui devraient combattre ensemble.

Le problème, c'est qu'évidemment tous ces gens ne veulent pas réellement le faire. Ils l'auraient dit plus tôt, ce ne sont que de bonnes nouvelles par rapport à ce qu'ils essaient de faire admettre au corps électoral. Et s'ils le voulaient, ils ne le pourraient pas, car encore une fois, de telles réformes ne peuvent absolument pas fonctionner si on les prend isolément. Ce qui montre que non seulement ils ne veulent ni ne peuvent, mais qu'en plus ils ne savent pas comment faire. Les mois de réflexion collective qui ont conduit à l'élaboration de « l'humain d'abord » ne se rattraperont pas en huit jours. Ne nous laissons pas enfumer maintenant !

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Idéologies - Communauté : Front de Gauche
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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 18:35

On savait que les marchés financiers exercent toute la pression possible sur les gouvernements européens pour obtenir d'eux une ligne politique conforme aux intérêts de leurs profits. D'ailleurs on voit mal au nom de quoi ils se gêneraient, d'autant que lesdits gouvernements ne se font guère prier, ces dernières années.

On se doutait bien qu'en période électorale, cette défense de leurs intérêts n'était pas mise en sommeil. Spéculer c'est prévoir, comme ne dit pas le proverbe, alors que c'est le sens étymologique du mot. (speculare, regarder, comme pré-voir). Mais cette semaine, Marianne, comme souvent très pertinente, ne se contente pas d'imaginer de sombres complots d'antichambre (lobby, en étazunien). Elle met au jour la manœuvre, et cette fois encore, la réalité passe l'imagination.


Vous avez peut-être entendu parler d'Eurex, ou peut-être pas. Depuis la parution de cet article, quelques médias ont fait allusion au sujet, mais de manière allusive et en laissant passer le plus grave. En gros, la présentation courante de cette information revient à dire qu'une société de bourse allemande vient de mettre en place un produit financier permettant de spéculer contre la dette française. Autrement dit, de menacer le prochain gouvernement encore un peu plus s'il s'avise de prendre des mesures inconvenantes. Une manière de réaffirmer sa prise de pouvoir, avant même le scrutin.

Moi, j'entends ça, je suis fâché. Mais en même temps, on ne vas pas rallumer la guerre, alors je me retiens de penser « voilà bien les Allemands ! », et j'ai raison. Le temps de convertir la phrase en « voilà bien les financiers ! », je suis bien obligé de me dire que, primo ce n'est pas un scoop, et secundo ceux-là sont à l'abri outre-Rhin, on n'y peut rien, c'est la mondialisation, l'Europe ouverte, bla. L'événement n'a plus qu'un rapport lointain avec l'actuelle campagne, il n'est plus que la confirmation des idées de chacun. Le radical acharné déjà convaincu pense une fois encore qu'il faut tout changer. Le libéral répète qu'il faut rassurer les marchés. En bref, cette information, ainsi présentée, n'en est plus une, puisqu'elle n'apporte rien.


C'est à ce stade que je tombe sur l'article de Marianne.

La plupart des pièces qui manquaient au puzzle sont retrouvées.


Premièrement, ce produit sera en vente dès lundi, soit une petite semaine avant le premier tour. L'effet d'annonce doit avoir le temps d'agir, de se transformer en pression. Et si de premiers résultats pouvaient se manifester, ce serait encore mieux.

Deuxièmement, ce produit sera accessible à partir d'un montant d'achat de dix mille euros. Vous ne les avez pas ? Ne vous plaignez pas, jusque-là ce type de placement nécessitait un ticket d'un million. Faites un effort ! Jusque-là c'était réservé aux grosses compagnies, maintenant le particulier peut en profiter ! L'effet « Soldes » devrait être puissant, avec cette division par 100 du prix d'entrée. Si avec cela le lancement n'est pas réussi, c'est à désespérer de la cupidité. Les classes moyennes supérieures qui seront tentées par l'opération ne risquent plus de mal voter.

Troisièmement, l'affaire a été lancée avec la bénédiction des autorités françaises. Oui ! Bien sur, Paris ne pouvait interdire à une banque privée allemande de lancer un produit. Mais il y avait largement moyen d'intervenir. Ces gens savent très bien qu'il n'est pas de leur intérêt de gêner un gouvernement de droite comme l'actuel occupant. Entre personnes bien élevées, on peut toujours s'arranger. En tout cas la date pouvait facilement être décalée d'une quinzaine. Mais non, on n'a rien fait. Pourquoi ?


Si c'était – chacun a droit à sa part de rêve – le sortant qui revenait, ce serait pour lui une opportunité fantastique d'accélérer sa politique d'austérité. La France attaquée devrait rassurer les marchés, donc réduire encore les moyens de l'Etat. Et on en remet une couche sans attendre. Ça, c'est fait.

Dans le cas où le chouchou des sondeurs sortirait en tête de la présidentielle, cela permet de remettre de l'ordre avant les législatives et d'éviter une déroute trop sanglante à l'Assemblée. Nul doute que beaucoup de députés UMP eussent apprécié cette délicate attention. Par la suite, c'est comme un panneau de sens interdit que l'on peut planter devant n'importe quelle réforme un peu trop coûteuse pour nos amis les trop riches. Je vais vous le donner, le permis de conduire, moi ! Ainsi se vérifie la prédiction présidentielle selon laquelle la rigueur, cette fois-ci n'attendra pas deux ans pour se manifester.


L'un dans l'autre, nous sommes faits comme des rats. Sauf, si... à ce stade, le seul moyen d'en sortir, c'est de monétiser la dette, d'émettre du cash en masse pour payer de suite et sans intérêts supplémentaires, afin de ne plus jamais dépendre des banques pour approuver nos politiques publiques. Cela signifie changer quelque peu les règles du jeu, mais nous n'avons pas le choix : avec leurs règles, ils ont six as en main.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Dette - Communauté : Front de Gauche
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 07:10

Je suis encore tombé sur un article du Guardian. Comment ? La tentation est grande de jouer auprès de vous l'érudit polyglotte, l'intello citoyen du monde qui suit régulièrement la presse étrangère. Le genre de truc qui vous pose une autorité, style France Culture, un peu.

Bon, ce n'est pas le cas. En fait ce doit être un lien sur Twitter (quand je vous dis d'aller y voir!). À la vérité, je ne sais plus trop, je devais être en demi-sommeil, jetant un dernier coup d'oeil avant d'aller me coucher, quand j'ai cliqué par réflexe sur un lien au nom de Mélenchon.

Et là, ça m'a réveillé :


Le président conservateur de la France, Nicolas Sarkozy, a été candidat aux élections en 2007 sur le projet de rendre l'économie française plus semblable à celle des États-Unis. Il a choisi un mauvais moment pour cela : les Etats-Unis ont failli connaître leur pire récession depuis la Grande Dépression, et contribué à rabaisser l'économie de l'Europe et d'une grande partie du monde par l'effondrement de la leur. Il ne voudrait sans doute pas dire ces choses aujourd'hui, après que les Etats-Unis ont eu quatre ans quasiment sans croissance économique du tout.

Mais Sarkozy a vraiment réussi à rendre l'économie française plus semblable à celle des États-Unis sous certains aspects. Après avoir été un des rares pays à haut revenu qui n'avaient pas d'augmentation des inégalités du milieu les années 1980 au milieu les années 2000, la France est devenue plus inégale depuis que Sarkozy a été élu. Par exemple, le rapport du revenu des gens dans le 99ème centile (près du haut) au premier centile (au fond) est allé de 11.8 à 16.2. D'autres mesures d'inégalité ont aussi augmenté de façon significative (le coefficient Gini est monté de 26.6 à 29.9). C'est arrivé entre 2007 et 2010; c'est sans doute plus mauvais aujourd'hui. En relevant l'âge de la retraite – une réforme entièrement inutile qui a suscité une opposition et des protestations énormes – Sarkozy a aussi aidé à rendre la France encore plus inégalitaire.

La comparaison entre la France et les Etats-Unis est juste, parce que les deux pays ont le même niveau de productivité, ou de production par heure. Cela signifie qu'ils ont la capacité économique de jouir du même niveau de vie. Les Français ont voulu prendre leurs augmentations de productivité sous la forme d'heures de travail plus courtes, de plus longues vacances, de soins médicaux universels, d'éducation supérieure gratuite, de structures d'accueil pour les enfants d'âge préscolaire et d'une distribution plus égale du revenu. Par contraste, aux Etats-Unis plus de 60 % des augmentations de revenu des trois décades passées sont allées aux 1 % les plus riches. La pauvreté revient maintenant aux taux de la fin des années 1960; les prix des cours à l'université sont montés, nous n'avons ni congé payé juridiquement assuré ni vacances, et 52 millions d'américains restent sans assurance maladie (bien que cela puisse être réduit dans les années à venir, ceci dépendant partiellement de la Cour suprême) .

La plupart des citoyens français aiment leur sécurité économique et leur prospérité partagée. Donc il peut sembler étrange que quelqu'un avec le programme de Sarkozy ait pu être élu en premier lieu et ait une chance de gagner la réélection. Mais c'est largement en raison de l'incompréhension populaire des faits économiques les plus importants, provoquée et entretenue par une couverture médiatique défectueuse. Comme en 2007, l'idée reçue est que la France vit au-desus de ses moyens et Sarkozy avertit maintenant que la France pourrait être la prochaine Grèce et affronter la fusion du cœur du réacteur économique s'il n'est pas réélu. Il promet d'équilibrer le budget national de la France d'ici à 2016.

Malheureusement son rival du parti Socialiste, Francois Hollande, promet lui aussi d'équilibrer le budget d'ici à 2017. Évidemment il y a quelques différences importantes entre les deux, mais si l'un ou l'autre candidat devait exécuter un programme d'austérité fiscale de cette étendue pendant que les économies française et européennes sont si faibles, il est presque certain que le chômage et d'autres problèmes économiques et sociaux se détérioreront. Et la France perdra quelques-unes de ses réussites économiques et sociales importantes.

Heureusement la France a une alternative plus progressiste : Jean-Luc Mélenchon, soutenu par le Front de gauche. Il semble être le seul dans la course qui comprend les choix économiques réels auxquels font face la France et l'eurozone. La France n'a pas besoin d'austérité – qui serait sa meilleure chance de terminer réellement comme la Grèce. Mélenchon propose plutôt que la Banque centrale européenne fasse son travail et prête à la France et à d'autres gouvernements européens à 1%, comme elle le fait pour les banques. La charge d'intérêts de la France sur sa dette est tout à fait raisonnable, à environ 2.4% de PIB; ainsi si elle peut continuer à emprunter à bas prix cela peut tracer la voie de la sortie de ses problèmes actuels, en créant de l'emploi et en augmentant les revenus.C'est la politique macroéconomique raisonnable.

Mélenchon veut aussi réduire les heures de travail et relever le salaire minimal et les taxes sur les riches. Il rejette le non-sens du budget équilibré – comme même la plupart des économistes aux Etats-Unis – et aussi le manque d'engagement de la Banque centrale européenne pour le plein emploi. Cela aussi est sensé économiquement, surtout dans une période de récession quand la BCE peut créer de la monnaie (la Réserve Fédérale américaine a créé $2.3tr1 depuis 2008) sans craindre un excès d'inflation.

Au cours des élections françaises, les deux premiers vont au deuxième round si, comme il semble probable, aucun ne réunit une majorité au premier round le 22 avril. Mélenchon recueille actuellement environ 15 % des intentions de vote, mais serait sans doute encore plus haut sans la peur qu'il pousse le parti Socialiste hors du deuxième round de l'élection. C'est arrivé en 2002, quand l'extrême-droite, le candidat anti-immigrés a pris la deuxième place. Mais il n'y a aucune chance significative d'une répétition cette année; le Fusilier marin2 Le Pen ne dépasse pas 13 %. Donc il semble que quelqu'un qui veut préserver le niveau et le mode de vie français devrait donner son vote à Mélenchon.

Par rapport aux Etats-Unis, c'est beaucoup plus facile pour un candidat d'un tiers parti en France d'avoir une influence significative même sans être élu. Hollande a déjà bougé vers la gauche pour capturer des électeurs du Front de gauche et Mélenchon aura la possibilité de négocier son engagement pour le deuxième round 3. Avec les deux grands partis engagés dans des politiques économiques qui baisseront le niveau de vie de la majorité des Français – en 2007 seul Sarkozy avait pris cet engagement – on peut difficilement imaginer un moment plus approprié pour voter 'à l'extérieur de la boîte'.

 

• Suivez les commentaires sur Twitter @commentisfree

 

Les caractères gras sont de mon fait. Pour la traduction, je me suis fait aider par IMTranslator, un greffon ajouté à mon navigateur, Firefox.

Décidément, j'aime bien le ton « à plat », sans envolée lyrique, de la presse anglo-saxonne.

L'auteur, Mark Weisbrot, écrit chaque semaine dans le Guardian, ses textes d'économie politique sont distribués à 550 journaux dans le monde, il publie deux fois par semaine dans le premier quotidien brésilien, et apparaît dans les colonnes du New York Times, du Washington Post, du Los Angeles Times, etc... Il est co-directeur du Centre de Recherche en Economie et Politique à Washington, entre autres titres. En avril 2007, il a publié : « La désinformation économique joue un rôle majeur dans l'élection française ».

 

 

12300 milliards de dollars...

2Aux USA, un Fusilier marin est un Marine... Ça m'a fait sourire, j'ai gardé cette traduction automatique.

3Là, il faut qu'il relise les déclarations, ce sera plus malin que ça.

Par cassetoi-vlp - Publié dans : Idéologies - Communauté : Front de Gauche
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Présentation

Librairie

Jean-Luc Mélenchon "Qu'ils s'en aillent tous!" (Flammarion): Sorti en édition de poche depuis lors. Un déclencheur, le pourquoi et le comment du changement en 140 pages.

 

"L'humain d'abord" (Librio) Le programme du Front de Gauche pour 2€. Un grand succès de librairie. Version gratuite à télécharger sur le site Place au Peuple.

 

Jacques Généreux "Nous, on peut!" (Seuil). Un prof d'économie à Sciences PO et Secrétaire National à l'économie du Parti de Gauche, qui vous explique "pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu'il veut face aux marchés...."

 

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot "Le président des riches" (La découverte) Deux sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, qui étudient depuis des années la haute bourgeoisie de l'intérieur. Ici, ils enquêtent sur l'oligarchie qui domine politique, affaires et médias. Ses membres, leurs réseaux, modes d'action, conscience de classe dans un historique du règne qui s'achève.

 

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