Hollande veut taxer les riches...

Publié le par cassetoi-vlp

Et on en pousse des couinements ! 75%, rendez-vous compte ! C'est confiscatoire, décourage le travail, fera fuir les élites ! Hou ! Bayrou fait chorus, Le Pen a retrouvé la parole, ou au moins la faculté d'aboyer, quant au locataire du Château, pour une fois je serais presque d'accord avec lui : il parle d'amateurisme. Ses snipers ricanent sur Moscovici, remige de l'aile droite du PS, qui évite de commenter en disant qu'il n'était pas au courant . Ses ministres ironisent sur le peu de contribuables touchés, et partant le faible rapport pour le budget de l'Etat. Ce faisant, tous approuvent sans le savoir la démarche du Front de Gauche. Ou en le sachant, la course aux places peut justifier bien des choses. Tâchons donc d'éliminer le bruit de fond, et voyons ces arguments d'un peu plus près.

 

Sur les 75% d'abord, un retour s'impose. Il ne s'agit pas un instant, rassurons-nous, de prendre les trois quarts du revenu des très riches. Il y a des limites. Ce nombre répété partout n'est là que pour exciter le prolo et terrifier l'aspirant à la richesse, pour « cliver ». Autrement dit, présenter au moins une proposition que son adversaire ne pourra reprendre. Cela sert à ancrer le vote, y compris contre soi. C'est une manifestation d'assurance, de fermeté. Pour un candidat donné en tête mais accusé de mollesse, c'est le B-A BA de la communication.

Confiscatoire ? Bon. And so ? Pourquoi ne pas confisquer un peu, quand c'est si visiblement excessif et illégitime ? Pourquoi ceux qui ont tout eu de la collectivité ne paieraient-ils pas un peu cher ? Enfants chéris de la République, ils naissent et sont soignés dans les hôpitaux les plus prestigieux, avec les plus grands professeurs. Ils sont éduqués dans des lycées d'élite, bien souvent publics et gratuits. De là ils passent dans les grandes écoles, où ils nous coûtent la peau des yeux. Durant tout ce temps ils ont surconsommé de la culture subventionnée, de la vraie, au Louvre, pas devant des navets américains à 9 € la place. Ils ont vécu dans des quartiers rutilants de propreté, à la sécurité enviable, se consacrant sereinement à leur épanouissement personnel. Plus on naît riche, plus on tire profit des biens communs, il suffit pour s'en convaincre de relire les Pinçon-Charlot (1). De plus, ils ont les moyens de le faire. Alors ? La société a investi sur eux, comme ils disent. Un investissement, cela doit rapporter, n'importe lequel d'entre eux vous le dira.

Cela décourage le travail : en effet, si on ne peut même plus gagner ses deux millions annuels sans s'en voir prélever 0,30 de plus sur le second... du moins sur ce que l'on déclare, qui n'est pas exonéré en tant que stock-option ou autre. Qui peut d'ailleurs seulement imaginer un travail justifiant une pareille fortune ? Pas les bénéficiaires de ces revenus, et tout cas. Ni ceux qui les leur versent. Les salaires, pourtant grossièrement surévalués, de ces futures victimes, ne représentent qu'une faible partie de leurs revenus. La finance fait le reste.

Cela fera fuir les élites ! En tout cas le bouclier fiscal ne les a pas fait revenir, ni n'a même ralenti leur fuite. D'ailleurs, cela dépend de ce que l'on entend par « élites » : des top-models surpayés ? Des sportifs vivant de la pub ? Des retraités avec chapeau entretenus par copinage ? On s'en passe. « Qu'ils s'en aillent tous ! On trouvera mieux pour moins cher. » (2) Et rien n'empêche de prendre exemple sur les Etats-unis, si l'on y tient tant. Eux réclament à leurs exilés fiscaux la différence entre ce qu'ils paient dans leurs paradis et ce qu'ils auraient payé à la maison. Et que l'on cesse de se plaindre. Les prédécesseurs de ces riches exilés, lors de la Révolution Française, sont partis pour sauver leur tête. On a progressé dans l'humanité.

Amateurisme est bien le mot, nous le verrons par la suite. Mais il s'explique, il s'agit ici de l'essai d'un débutant. Il n'est pas si simple de faire ses premières armes dans un comportement socialiste après tant d'années d'autre chose. Juste au moment où, en pleine campagne, tout le monde vous écoute. Peut-être regrette-t-il de ne pas avoir commencé plus tôt ? C'est bien entendu encore plus compliqué pour des gens qui doivent jouer à Colin-Maillard, surtout quand une jambe droite sans doute plus courte les incite à tourner toujours du même côté.

Trop peu nombreux, en effet, seront les contribuables touchés par cette « mesurette ». Tant qu'à citer le programme du Front de Gauche, les ministres auraient pu finir leur phrases. En abaissant le seuil à 360 000 € annuels, on est beaucoup plus efficace. La moitié de la population vit avec pas plus de 18 000 €, soit vingt fois moins. Et ce taux de 75% sent la timidité malvenue. De toute manière, les assujettis ne t'aimeront pas plus pour cela. Alors clivons à 100%, il n'y aura toujours pas de quoi sangloter. Cela laisse 30 000 € par mois. Avec une famille de quatre personnes, soit trois parts on monte à 90 000 €. Il reste de quoi motiver au travail.

 

Mais ce n'est pas tout d'approuver la droite dans ses critiques, soyons un peu constructifs. À proposer une simple escalade, nous aussi pourrions passer pour des amateurs, alors que le travail de réflexion sur le programme a été réalisé de longtemps, collectivement et démocratiquement. C'est en effet toute une cohérence qui doit guider l'action, une telle mesure isolée n'aurait ni sens ni efficacité.

Pour commencer, prendre aux riches n'est pas un but en soi. Si? Tout de même, il faut en faire quelque chose de cet argent, et bâtir un futur qui tienne debout.

Il y a une partie de la dette à payer. Vous voyez que je suis raisonnable ! Seulement ce qui est légitime, attention. Les intérêts d'intérêts sur les intérêts pour compenser les niches fiscales... Cela fait, on retrouve des marges de manœuvre. De toutes manières, on se les donne, les marges. Leurs règles d'or et leurs 3%, ou 0,5%, ou ce qu'ils inventeront encore : référendum ! Le peuple a tranché, le peuple est souverain. Et maintenant, c'est la banque centrale qui prête, à 1% comme il est normal.

 

Mais on n'attend pas que tout soit réglé pour s'attaquer à la grande pauvreté (à la petite aussi), à la précarité. Le SMIC passe de suite à 1700 € brut, pour 35 heures non annualisables. Les heures supplémentaires doivent être exceptionnelles et font l'objet d'une dérogation précisément contôlée. De même les contrats de travail autres que le CDI : pas plus de 5% dans les grosses entreprises, 10% dans les petites. Dans la fonction publique, titularisation, sur examen mais pas sur concours. Il y a de la place pour tous, s'ils sont compétents. Et ils le sont, puisqu'ils font le travail depuis longtemps. Et voilà de l'embauche, de la sécurité, de la consommation, de la croissance.

 

Pour les jeunes majeurs, des droits sociaux pleins et entiers leur seront reconnus, sans attendre 25 ans comme aujourd'hui. Des bourses d'études permettant de vivre sans avoir à travailler par ailleurs seront instituées. Les dépenses de santé seront à nouveau remboursées à 100% pour tous. Et voilà une population qualifiée et en bonne santé.

 

Nos travailleurs coûtent trop cher, les entreprises délocalisent ? Il leur faudra aussi se passer des clients français. Où acquitter les visas sociaux et environnementaux à l'entrée de leurs produits sur le territoire. En voilà de la concurrence non faussée, non déloyale. Même chose pour les productions locales, ce qui pousse à produire dans des conditions correctes. Et du coup l'Europe n'a plus rien à y redire, tout le monde est logé à la même enseigne.

Il y aura encore beaucoup à dire, mais je vous laisse déjà digérer cette tranche-là. Invitez les voisins, partagez, c'est ce qui est beau avec une connaissance. On peut en donner tant que l'on veut, on n'en a pas moins pour autant. Et souvent un peu plus.

 

  1. Michel Pinçon, Monique Piçon-Charlot, Le Président des Riches, La Découverte (9,50 €)

  2. Jean-Luc Mélenchon, Qu'ils s'en aillent tous !, Flammarion

Publié dans Les zinformations

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Alain Lasverne 01/03/2012

Keynes, économiste bourgeois bien connu et détesté par les ultra-libéraux type Manière, Minc, Sorman, Baverez, préconisait l'"euthanasie des rentiers". Roosevelt taxa à plus de 90% les riches.
Hollande est un joueur qui n'ignore pas qui donne les cartes.
C'est sans doute avec ce courage lucide qu'il a passé avec succès le grand oral de la French American Foundation pour devenir membre en 1996. Une association fleurant bon le socialisme radical,
avec à sa tête un certain Garcin, directeur de Hervé Consultants, entouré par un C.A. composé de représentants d'EADS,BNP Paribas, la Caisse des Dépots et autres (Medef).